David Serrero
Actar
DATA, ENERGY, MATTER-Architecture climatiques
David Serrero

A travers 20 projets de l'agence et 6 essais théoriques, l'ouvrage retrace un parcours de conception de vingt ans, structuré autour de trois fondamentaux indissociables :
Les données : la construction et la gestion des bâtiments génèrent d'immenses lacs de données qui, couplés à l'émergence de l'IA générative, nourrissent de nouveaux processus créatifs et ouvrent la voie à des modèles prédictifs de conception.
L'énergie : l'architecture y est pensée comme un système actif, capable de préserver l'énergie grise nécessaire à la construction tout en développant des dispositifs de production et de partage énergétique — inversant ainsi les modèles traditionnels de consommation.
La matière : les projets engagent une transformation profonde des méthodes constructives, vers des dispositifs réversibles et des boucles de circularité fondées sur le réemploi et les matériaux biosourcés.
Cette approche puise dans un socle théorique riche et exigeant — Bruno Latour et la nécessité pour l'architecture de « atterrir », Fritjof Capra et la circularité des systèmes vivants, Braungart et McDonough (Cradle to Cradle), mais aussi Tim Ingold, John Dewey, Augustin Berque et Gregory Bateson — pour construire ce que Serero nomme une architecture écosystémique : à la fois mésologique, numérique et archéologique.
L'ouvrage propose en particulier une méthode inédite, la conception « data-sensitive », où les données environnementales (température, humidité, vent, lumière, densité) ne sont plus de simples paramètres de calibrage, mais de véritables filtres sensibles qui font émerger la forme architecturale. Le défi : rendre l'invisible habitable, inventer un vocabulaire spatial propre aux flux de données, ancrer le numérique dans le territoire.
Des expérimentations matérielles comme le pavillon Cycle de la Matière jusqu'à des projets d'envergure comme le parc métropolitain Hellenikon à Athènes — où la gestion topographique de l'eau réinvente un site aéroportuaire entier —, chaque réalisation illustre cette conviction : le bâtiment n'est plus un objet figé, mais un agent de transformation, contribuant à la régénération des écosystèmes et à l'adaptation active de nos territoires face au changement climatique.
Dans cette vision, l'architecte n'est plus un inventeur de formes, mais le médiateur d'un territoire, un catalyseur de dynamiques vivantes, qui compose avec les données, les contraintes et les puissances dormantes du réel pour exercer, précisément là, sa liberté créative.
